Semelles recollées, talons réparés, chaussures cirées : Jean-Pierre O., vit de ses services depuis plusieurs années. Un petit commerce lancé avec 15 000 FCFA qui lui rapporte aujourd’hui jusqu’à 30 000 FCFA par semaine.
Assis sur un petit tabouret de fortune, Jean-Pierre tient entre ses mains un soulier noir et blanc, concentré comme un chirurgien en pleine opération. À ses pieds, une autre paire attend son tour, tandis qu’un vieux marteau cabossé, quelques fils emmêlés et une semelle de rechange reposent sur son à dos (son atelier ambulant). Il n’a ni boutique ni vitrine, mais ses services parlent d’eux-mêmes : recoller un talon, changer une semelle, cirer ou réparer une chaussure abîmée.
« J’ai commencé en 2018 avec 15 000 FCFA, juste de quoi acheter du fil, de la colle et quelques semelles », raconte-t-il. Depuis, il transporte chaque jour son petit matériel dans un sac et s’installe là où la foule est dense.
Modeste, son activité reste pourtant suffisante pour faire tourner la maison « Quand la journée est bonne, je peux gagner entre 4 000 et 5 000 FCFA. La semaine, ça tourne autour de 25 000 à 30 000 FCFA. Le mois, je peux dépasser 100 000 FCFA, si Dieu aide », explique le cordonnier, qui précise que ses revenus varient beaucoup selon les saisons. En période de pluie, les chaussures s’abîment vite et les clients affluent ; en saison sèche, il doit patienter plus longtemps pour voir sa caisse se remplir.
Chaque matin, il quitte Emana. Premier arrêt au marché d’Etoudi, où il peut espérer réparer les chaussures des commerçants installés tôt. Puis il descend vers Ngousso. Mais c’est en fin d’après-midi, près de la gare routière de Mvan, qu’il fait ses meilleures affaires : Des vendeurs et revendeurs de friperie lui apportent régulièrement des chaussures abîmées à remettre en état pour la revente. « Une réparation coûte entre 500 et 1 500 FCFA, selon le travail », dit-il.
Si le métier demande endurance et patience, Jean-Pierre ne se plaint pas. Avec ses économies, il a déjà pu acheter un petit stock de semelles et rêve d’ouvrir un kiosque pour attirer plus de clients et travailler dans de meilleures conditions.